A propos de l’appel à rallumer l’étincelle du Front de Gauche

Dans un appel lancé ce mardi 1er mars, 101 militants des organisations qui composent le Front de Gauche appellent à rallumer l’étincelle de ce rassemblement. Bien que n’étant pas forcément en accord avec tous les éléments qu’elle contient, je trouve cette initiative intéressante. En effet, en réaffirmant la nécessité d’un rassemblement moteur d’une « grande force populaire et citoyenne », elle tourne le dos au chemin désespérant de la « primaire de la gauche » que semble avoir pris certains dirigeants du PCF. N’est-ce pas aussi le sens de la proposition de Jean-Luc Mélenchon ?

Je partage avec les signataires de ce texte le bilan largement positif de la lente construction du Front de Gauche. Comme eux, je n’oublie pas « ce qui s’est levé de la Bastille au Prado » et l’espoir que ce rassemblement a su créer, notamment au cours de la campagne présidentielle. J’ai encore en mémoire le formidable enthousiasme des grands rassemblements de 2012 et le bonheur immense d’un peuple se retrouvant après s’être perdu de vue. Je n’oublie pas les belles rencontres, l’œil brillant de militants trouvant là un nouveau souffle pour leur engagement et la satisfaction de voir nos propositions trouver un écho dans une société en recherche d’alternative. Je ressens encore, malgré les embuches déjà mises par certains, la détermination des grandes marches contre le traité d’austérité ou pour la 6ème République. Et je n’ignore pas l’impact considérable de notre rassemblement pour sortir nos idées d’une forme de marginalité dans laquelle elles semblaient s’être installées, sous les coups de butoir de la mutation démocrate du Parti Socialiste.

Malheureusement, je ne peux pas oublier non plus les déceptions que le Front de Gauche a engendrées ces derniers mois. Bien sûr, chacun a sa part de torts et personne ne peut prétendre avoir évité tous les pièges des années de mandat de François Hollande. Mais un bilan raisonné depuis l’élection présidentielle de 2012 ne peut pas exonérer de leur responsabilité principale celles et ceux qui ont tout fait depuis pour empêcher au Front de Gauche de franchir une nouvelle étape. Sur ce point, il me semble que les signataires de l’appel « Rallumons l’étincelle du Front de Gauche » ne poussent pas la réflexion jusqu’au bout.

Ainsi, il me semble difficile d’omettre dans ce bilan le refus de la direction nationale du PCF d’une proposition, formulée dès l’automne 2012, pour mettre en place une forme plus intégrée du Front de Gauche, en s’appuyant sur le Conseil National de la campagne présidentielle. Il n’est à mon sens pas possible non plus de passer aux oubliettes le refus répété du principe d’adhésions directes qui auraient permis à celles et ceux qui le souhaitaient de disposer de pouvoirs de décision sur l’avenir de notre rassemblement. Car force est de reconnaitre que c’est notamment ces refus qui ont ouvert la porte à la catastrophe des élections municipales, dont le Front de Gauche ne s’est jamais remis, cherchant depuis son chemin. Enfin, un bilan complet oblige à regarder lucidement le coup de grâce que constitue la volonté de certains dirigeants communistes de s’engager aujourd’hui dans une primaire aux côtés d’un pouvoir qui multiplie pourtant les provocations.

A ce sujet, et sans bien sûr que les initiateurs de cet appel en soit responsables, on ne peut s’empêcher de déceler une terrible mauvaise foi dans les dénonciations publiques de la proposition de candidature de Jean-Luc Mélenchon de la part de ceux qui n’ont cessé de refuser un approfondissement du Front de Gauche. Où sont les militants de ce rassemblement consultés à propos des listes communes du PCF avec le Parti Socialiste dans plusieurs grandes villes de France, notamment Paris et Toulouse ? Où est la feuille de route stratégique du Conseil National du Front de Gauche à propos de ces élections ? Où sont les assemblées citoyennes qui ont adopté le principe de participation à une primaire avec les fidèles du président de la République ? Nulle part, car les mêmes qui déclarent désormais vouloir un processus collectif n’ont jamais accepté leurs existences !

Bien sûr, dans un autre monde, avec un Front de Gauche intégré, prêt à se transformer dans son discours, prenant acte dans ses pratiques et ses propositions d’une terrible crise politique et intégrant à sa réflexion le désaveu jeté sur la gauche par les années de pouvoir Hollande, un processus de désignation interne aurait pu voir le jour. Ce cadre aurait permis l’actualisation et l’amélioration de notre programme, l’humain d’abord, que les mêmes promoteurs des primaires semblent aujourd’hui vouloir jeter aux oubliettes au profit d’une plate-forme commune de toute la gauche. Il aurait permis de se mettre dès à présent en mouvement pour « bousculer un jeu politique désespérant » et s’ouvrir à celles et ceux qui cherchent une issue politique.

Il faut d’ailleurs saluer, parmi les initiateurs de cet appel, des dirigeants communistes qui ont agi ces derniers mois pour permettre un tel cadre, notamment dans notre région Midi-Pyrénées. Mais, malgré leurs efforts, ce cadre n’existe pas. Et, il faut bien le dire, c’est ceux qui sèment aujourd’hui le poison de la division en multipliant les attaques contre Jean-Luc Mélenchon qui l’ont empêché d’exister. Voilà, selon moi, plus que « des compétitions de personnes ou d’organisations », où se niche le risque de voir nos efforts réduits à néant. Et voilà pourquoi une réaction était plus que nécessaire.

Dans ce contexte, la proposition de Jean-Luc Mélenchon est salutaire pour empêcher que la paralysie dans laquelle certains ont mis le Front de Gauche ne congèle toutes les énergies. Elle doit aussi permettre de franchir une nouvelle étape et tirer les enseignements des erreurs du passé. C’est pourquoi il me semble très positif que cette démarche inclut la proposition de construire un nouveau mouvement ouvert à toutes et tous, membres ou non d’un parti politique. Elle porte ainsi en germe ce qui aurait dû être le nouveau stade du Front de Gauche. En ce sens, elle rejoint les aspirations de ceux qui veulent en rallumer l’étincelle. Alors retrouvons-nous pour alimenter le brasier de la France insoumise.

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