29 août 2019

Le choix des mots

La discussion déclenchée par l’intervention d’Henri Pena-Ruiz lors des AMFiS d’été de la France insoumise montre bien l’importance du choix des mots dans le champ politique.

D’un côté, pour le philosophe comme pour d’autres, l’utilisation du mot islamophobie vise à rappeler le droit légitime à la critique des religions. C’est pourquoi dans son intervention il parle de l’islamophobie au même titre que l’atheophobie ou que la cathophobie et il distingue la critique des idées et le fait de s’en prendre aux personnes.

De l’autre, on utilise le mot islamophobie pour caractériser les insultes ou les actes de violence à l’égard des personnes de confession musulmane ou qui sont « supposées » l’être. Dès lors, si l’on accepte cette définition, la revendication au droit à l’islamophobie revient à cautionner des actes racistes et répréhensibles par la loi. Il est alors logique qu’elle heurte, en particulier celles et ceux qui sont victimes de ce fléau et qui le désignent comme tel.

En tant que militants qui aspirent à changer la société, nous nous engageons dans des combats et nous cherchons à les gagner en favorisant l’implication du plus grand nombre autour de nous. Dès lors, les mots que nous utilisons doivent être reconnus comme les plus pertinents par tous ceux que nous ambitionnons de fédérer.

C’est pourquoi il m’a toujours semblé juste de ne pas utiliser le mot islamophobie, ni pour caractériser le racisme anti-musulman, ni pour caractériser le droit légitime à la critique des opinions. En effet, utiliser ce terme pour lutter contre ceux qui s’en prennent aux musulmans met à distance une partie de la population qui a alors le sentiment de renoncer à son droit à la critique religieuse. A l’inverse, défendre le droit à l’islamophobie revient pour d’autres à revendiquer précisément comme un droit l’oppression que l’on veut combattre.

Certains diront peut être que c’est un débat de mots et que l’on ne peut pas se payer le luxe de débats théoriques alors que les oppressions elles sont bien réelles. Peut être mais je ne crois pas que la gravité d’une situation doit nous empêcher de penser notre action pour qu’elle soit la plus efficace possible.

Il est vrai qu’il existe des discussions stériles qui fracturent. Mais il existe aussi des discussions saines qui déconstruisent les nœuds de la pensée et permettent ensuite de les dépasser. Le mieux pour cela est d’éviter les insultes, les menaces et les procès d’intention. J’espère que ce débat rentrera dans la deuxième catégorie. Parce que le combat contre le racisme et le combat pour la laïcité nécessitent tous les deux que nous nous y engagions avec force et clarté.

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