29 avril 2020

Réduire la production industrielle de viande et de produits laitiers dans la « stratégie de la Ferme à la Fourchette » (« Farm to Fork Strategy »)

Avec des député-es membres de 6 groupes politiques, nous appelons à prendre en compte l’un des plus gros problèmes de notre système alimentaire : la surconsommation de viande et de produits laitiers, et l’industrialisation grandissante de leur production.
Lettre adressée à M. Timmermans, vice-président exécutif pour le Green Deal.

Traduction française, texte original ici.

Parlement européen,
Bruxelles
 29 avril 2020

 A : Monsieur Timmermans, Vice-président exécutif
Copie à : Madame Kyriakides, monsieur Wojciechowski et monsieur Sinkevičius, commissaires

Réduction de la production industrielle de viande et de produits laitiers dans la « stratégie de la Ferme à la Fourchette » (« Farm to Fork Strategy »)

Monsieur le Vice-Président exécutif, madame et messieurs les Commissaires,

Nous vous écrivons au sujet de la publication imminente de la stratégie de la Ferme à la Fourchette (« Farm to Fork strategy ») portée par la Commission. Compte-tenu de la crise du COVID-19 en cours, nous pensons qu’une telle stratégie est plus nécessaire que jamais. La stratégie de la Ferme à la Fourchette devrait faire partie d’un plan de reconstruction écologique pour l’Europe, afin de relever le défi de permettre à tous les Européens d’accéder à un régime alimentaire sain et équilibré, à un prix abordable et qui rémunère correctement nos agriculteurs, et dont le mode de production préserve la nature et nous aide à faire face à l’urgence climatique.

Cependant, nous sommes inquiets car les plans provisoires que nous avons pu lire ne semblent pas prendre en compte l’un des plus gros problèmes que notre système alimentaire pose pour la santé publique, la protection de la nature, le climat, et la prospérité des populations rurales : la surconsommation de viande et de produits laitiers, et l’industrialisation grandissante de leur production qui en découle.

Notre inquiétude est d’autant plus grande que le monde traverse actuellement une pandémie dont la cause est une maladie d’origine animale. Il a été clairement établi que la destruction continue des habitats naturels augmente le risque de telles épidémies, car elle accroit les contacts entre les populations et les animaux sauvages, et donc les maladies dont ils sont porteurs. Les scientifiques ont aussi sonné l’alerte quant au fait que l’élevage intensif et industriel favorise le développement de nouvelles maladies et leur transmission aux humains.

Le système alimentaire dans son ensemble est également responsable de 37% des émissions de gaz à effet de serre, et il est l’une des plus importantes causes de perte de la biodiversité, à l’échelle mondiale et européenne, ainsi que le conseil scientifique du GIEC, l’Agence européenne pour l’environnement et beaucoup d’autres l’ont souligné à maintes reprises. La science a reconnu que l’augmentation de la consommation de produits animaux, la conversion grandissante de terres pour nourrir le bétail et les émissions directes issues de l’élevage sont les principaux moteurs de ces impacts négatifs du système alimentaire. L’élevage compte pour 12 à 17 % des gaz à effet de serre de l’Union européenne.

Les régimes alimentaires fondés principalement sur l’alimentation végétale, comprenant une consommation limitée de viande et de produits laitiers, sont largement recommandés du point de vue de la santé publique, notamment pour la prévention du cancer et du diabète. De plus, les régimes reposant davantage sur les végétaux « présentent des opportunités majeures pour l’adaptation et l’atténuation du changement climatique tout en générant des co-avantages significatifs en termes de santé humaine » d’après le rapport du GIEC.

Le système actuel d’élevage industriel ne fonctionne pas non plus pour les petits agriculteurs et les communautés rurales. Eurostat a montré que 72 % des produits européens issus de l’élevage proviennent des plus grandes fermes européennes, ce alors que le nombre total de fermes d’élevage a été réduit de 2,9 millions, soit près d’un tiers, entre 2005 et 2013. La tendance de fond du secteur de l’élevage européen est à l’augmentation constante de la concentration de la production de viande et de produits laitiers dans des fermes toujours moins nombreuses et toujours plus grandes.

La stratégie de la Ferme à la Fourchette, en tant que partie intégrante du Pacte Vert (« Green Deal ») a un rôle important à jouer dans la sortie de la crise du COVID-19 et dans la reprise à venir. Divers cadres juridiques et subventions européens soutiennent et façonnent actuellement la production et la consommation de produits animaux. La Politique Agricole Commune subventionne de grands élevages industriels, règlemente le bien-être animal, promeut et fait la publicité de la viande et des produits laitiers. La stratégie de la Ferme à la Fourchette constitue une opportunité unique de commencer la transition vers des systèmes alimentaires vraiment soutenables, notamment en réduisant l’élevage industriel et sa contribution au changement climatique, à la pollution environnementale et à la maltraitance des animaux.

Nous vous appelons à utiliser la Stratégie de la Ferme à la Fourchette comme une chance de reconnaître le besoin de réduire l’ampleur de l’élevage industriel et non-durable européen, ainsi que de réorienter les régimes alimentaires vers des régimes davantage fondés sur les végétaux, plutôt que sur les produits animaux. Pour démontrer son leadership politique et son ambition, nous appelons la Commission à reconnaître ceci explicitement et à ne pas se contenter de se cacher derrière des termes comme « régimes alimentaires plus soutenables ». Nous vous demandons de le dire clairement : l’Europe consomme et produit trop de viande et de produits laitiers, produit de façon trop industrielle, et nous avons l’intention de renverser cette tendance et d’inciter les agriculteurs à la transition vers de nouveaux systèmes alimentaires davantage fondés sur les végétaux. 

Cordialement,


Bas EICKHOUT, député européen, Verts/ALE

Francisco GUERREIRO, député européen, Verts/ALE

Tilly METZ, députée européenne, Verts/ALE

Sirpa PIETIKAINEN, députée européenne, PPE

Michal WIEZIK, député européen, PPE

Mohammed CHAHIM, député européen, S&D

Sylwia SPUREK, députée européenne, S&D

Katalin CSEH, députée européenne, Renew Europe

Martin HOJSIK, député européen, Renew European

Manuel BOMPARD, député européen, GUE/NGL

Maria Eugenia RODRIGUEZ PALOP, députée européenne, GUE/NGL

Eleonora EVI, députée européenne, Non-inscrite

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