12 novembre 2020

Bridgestone : Macron et l’Union européenne sont responsables

Bridgestone a décidé de fermer son usine de Béthune. 1500 emplois directs et indirects sont touchés par cette décision. 863 salariés sont sacrifiés. L’outil industriel est cassé pour le profit de quelques actionnaires voraces.

Bien sur, nous allons assister à la tournée des plateaux de télévision. Les larmes de crocodile vont couler à flots. Le gouvernement dira qu’il a tout fait pour empêcher cette décision mais que l’Etat ne peut pas tout. Le président LR de la région dira que c’est un scandale, sans jamais s’interroger sur la responsabilité des politiques qu’il a soutenu dans un tel désastre.

Mais personne ne soulignera que cette délocalisation a été organisé avec des fonds européens. En effet, Bridgestone met en concurrence depuis des années le site de Béthune avec des sites situés en Pologne et en Hongrie. Le groupe casse sciemment les capacités productives du site pour pouvoir justifier sa fermeture à terme et sa délocalisation à l’Est. Ainsi, l’année dernière, en décembre 2019, l’objectif de production du site français a été ramené de 18 000 pneus/jour à 9 000, tandis que celui sur le site polonais de Poznan passait de 24 000 à 30 000….

Notre question à la Commission européenne

Cette hausse de capacité a été possible grâce au Fonds européen de développement régional (FEDER) : Bridgestone a touché 24 millions d’euros d’aides pour le site polonais dans le cadre de ce programme, contre 500 000 pour le site français. En d’autres termes, à rebours complet de l’objectif de cohésion proclamé par l’UE, les fonds européens ont servi à augmenter les capacités productives d’un site dans un État aux salaires bien plus faibles aux dépens du site français et de ses salariés !

Cette mise en concurrence généralisée des sites industriels dans l’UE et des salariés est insupportable. Malheureusement, le cas du site français de Bridgestone n’est pas isolé. Il y a quelques semaines avait lieu une manifestation à Belfort en soutien aux salariés de General Electric. Or GE souhaite précisément délocaliser une partie de sa production en Hongrie. Le site de Famar Lyon dont nous demandions la nationalisation avec la France insoumise est également affecté par ces délocalisations au sein de l’UE puisque sa production de teralithe devait être délocalisée en Slovaquie et celle de gardenal en Roumanie.

Plus généralement, selon une étude d’Eurofound, sur 200 000 emplois détruits, 118 760 peuvent être attribués à un transfert de production vers un autre État européen. Cela fait 60% des emplois supprimés en Europe recensés par Eurofound. En réalité, l’essentiel des délocalisations ont lieu des pays dits de l’UE15 (comme la France) vers les pays dits de l’UE13 (comme la Pologne ou la Hongrie). Dans 63% des cas, les pertes d’emplois dans l’UE15 sont imputables à une délocalisation vers l’UE13. En tout, sur 752 délocalisations recensées en Europe entre 2003 et 2016, 352 avaient pour destination un autre État européen, soit près d’une sur deux. Dans le cas français, selon l’Insee, ce chiffre s’élève à 55% entre 2009 et 2011. C’est donc plus d’une délocalisation sur deux qui se fait au sein de l’Union européenne.

Pour cause, l’UE organise aujourd’hui la mise en concurrence généralisée des travailleurs européens en refusant toute harmonisation sociale et fiscale. Le résultat est terrible pour la France : la part de l’industrie manufacturière dans notre économie est passée de 26,3% en 1978 à 10% en 2016… Dans le même temps celle des pays comme la Pologne n’a eu de cesse d’augmenter et elle représente aujourd’hui 25% de son économie. La faiblesse des salaires et des cotisations sociales, et le fait de bénéficier de la « sous-traitance des grands groupes installés en Allemagne » (comme le relève l’Observatoire des territoires), expliquent en partie le développement industriel de ces États.

Mais la France a besoin d’une puissante base industrielle : elle est indispensable pour garantir notre souveraineté et faire face au défi de la bifurcation écologique qui se trouve devant nous. C’est pourquoi nous avons besoin d’une véritable stratégie industrielle au service d’une planification écologique digne de ce nom. Et cela ne sera pas possible sans rupture avec les dogmes qui dominent aujourd’hui la construction européenne. Ce sera deux des objectifs de la prochaine élection présidentielle.

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