Derrière les discours bienveillants, les droits LGBTI ne progressent plus

Partager sur facebook
Partager sur twitter
Partager sur telegram
Partager sur email

Tribune initialement publiée dans Têtu le 17 mai 2021, à l’occasion de la journée internationale de lutte contre l’homophobie, la transphobie et la biphobie.

Les enquêtes d’opinion montrent que depuis l’adoption du mariage pour tous, l’acceptation  de l’homosexualité a progressé en France. Les Français sont aujourd’hui une majorité à  penser qu’une famille homoparentale est une famille à part entière. Ils sont aussi  majoritairement favorables à la PMA pour les femmes lesbiennes.  

En apparence, les discours favorables aux droits des personnes LGBTI semblent aussi  progresser dans le champ politique. Rares sont les hommes et les femmes politiques qui  proposent dorénavant ouvertement de « démarier » les couples homosexuels, comme ce fut  le cas en 2013. À l’approche des élections régionales, ils cherchent au contraire aujourd’hui  à faire oublier leurs positionnements passés : les soupçons de caviardage des pages Wikipedia de Valérie Pécresse ou d’Isabelle Le Callennec, ont récemment fait polémique.  

Le soutien affiché aux personnes LGBTI est aujourd’hui un passage presque obligé.  Cependant, comme en 2012 la Manif pour Tous essayait de cacher son homophobie, les  déclarations n’enlèvent rien à la réalité des faits. En Île-de-France, par exemple, la même  Valérie Pécresse ne prétend plus démarier les homosexuels, mais nomme à la tête de sa  commission famille une militante anti-mariage pour tous. Elle affiche sur le site de sa région les subventions versées pour la lutte contre les discriminations, mais celle du CRIPS  (Centre d’Information et de prévention du sida) a baissé en 2019. En Auverne-Rhônes Alpes, Laurent Wauquiez dénonce les zones anti-LGBT des villes polonaises jumelées à sa  région, mais coupe les maigres subventions des associations.  

Il en va de même à LREM. Les lectures successives de la loi Bioéthique à l’Assemblée  nationale ont permis au gouvernement de bénéficier tous les 6 mois de grands titres de  presse « l’Assemblée vote l’ouverture de la PMA aux femmes lesbiennes », alors qu’elle n’a  toujours pas été adoptée définitivement. Elle devait être initialement discutée en 2018, puis  « avant l’été 2019 ».  

Mais la PMA, promise depuis 2012, n’arrive pas, et des milliers des femmes attendent et  voient leurs projets familiaux s’évanouir. Le gouvernement, si prompt à dénoncer ceux qui «  catégorisent » parce qu’ils osent parler des discriminations, défend par ailleurs la version la  plus restrictive de cette loi : excluant explicitement les personnes trans, sans mode de  filiation universelle, sans nouveaux droits pour les personnes intersexes, en s’opposant,  souvent de manière très violente pour les personnes concernées, à tous les amendements  déposés sur ces thèmes par les députés insoumis. Encore la semaine dernière, la ministre Elisabeth Moreno s’opposait à l’adoption d’une nouvelle loi contre les thérapie de  conversion, dont un rapport parlementaire, mené par Laurence Vanceneubrock (LREM) et  Bastien Lachaud (LFI), a pourtant montré la nécessité.  

Cette opposition frontale à la création de nouveaux droits n’empêche pas le groupe macroniste parisien de vouloir déclarer Paris « Zone de liberté LGBTQI ». Les personnes  LGBTI ne sont heureusement pas dupes, en témoignent les réactions sur les réseaux  sociaux. Elles sont cependant malgré elles les instruments d’un pinkwashing cynique,  dernier vernis progressiste d’un gouvernement ayant tout cédé à la droite et à l’extrême droite. 

Les droits des personnes LBGTI ne progressent plus en France, ils sont même en recul. 

Les personnes LGBTI font pourtant face à des problèmes réels qui nécessitent autre chose que des mesures symboliques. La crise sanitaire du COVID-19 a aggravé la précarité déjà  plus importante que dans le reste de la population. Les discriminations à l’emploi, au  logement, encore persistantes selon les études, perdurent. Les solidarités familiales parfois  brisées par l’homophobie ou la transphobie, couplé à la fermeture des universités et des  lieux de sociabilité, ont plongé certains jeunes dans l’isolement le plus total. Bien que  permises par la loi, les adoptions par des couples homosexuels ne sont qu’une vue de  l’esprit du fait des discriminations. Alors qu’un discours transphobe se développe de plus en  plus dans les milieux réactionnaires, notamment autour des questions d’éducation, toujours  aucune recommandation officielle n’existe dans l’Éducation nationale. La situation des  personnes atteintes du VIH se dégrade. Les violences LGBTIphobes augmentent, comme  en témoigne le rapport publié hier par SOS Homophobie, et ne sont toujours pas prises en  charge correctement par la police. La liste est encore longue : les droits des personnes LBGTI ne progressent plus en France, ils sont même en recul.  

Les élections régionales et départementales auront lieu juste après le mois des fiertés qui débute. Les régions ont les compétences en matière de formation pour lutter contre les  discriminations face à l’emploi ou l’accès aux soins. Elles ont un rôle moteur dans les  politiques de prévention pour la santé des personnes LGBTI : en plus de soutenir le  développement de la PrEP, il est urgent de proposer enfin des approches prenant en  compte les lesbiennes et les personnes trans, complètement oubliées aujourd’hui. Il faut  ouvrir des centres d’accueil pour les victimes de violences LGBTIphobes, qui au-delà de la  prise en charge judiciaire défaillante, ont souvent besoin d’être accompagnées  psychologiquement. Il faut combattre les logiques d’austérité qui mènent aux baisses de  financement des associations. La lutte pour l’égalité est, de la même manière, incompatible  avec la destruction du système de santé, du logement social et des services publics.  

Si les élus régionaux et départementaux devront toujours composer avec la politique du  gouvernement, ces prochaines échéances sont l’occasion de choisir des conseillers et des  conseillères qui regardent en face ces besoins. Pour mener sérieusement des politiques  d’égalité, quelques déclarations au parfum d’arc-en-ciel ne suffisent pas.  

Clémentine Autain, députée, tête de liste “Pouvoir vivre en Île-de-France”
Paul Vannier, co-chef de file insoumis “Pouvoir vivre en Île-de-France”
Jill-Maud Royer, militante LGBTI, candidate “Pouvoir vivre en Île-de-France”
Clémence Guetté, tête de liste “On est là” en Nouvelle-Aquitaine
Magali Romaggi, co-cheffe de file insoumise “Ensemble pour notre région” en Auvergne Rhônes-Alpes
Pierre Yves Cadalen, tête de liste Bretagne Insoumise
Séverine Véziès, tête de liste “Le Temps des Cerises” en Bourgogne-Franche-Comté
Arnaud Guvenatam, co-chef de file insoumis en Bourgogne-Franche-Comté
Manuel Bompard, co-chef de file insoumis “Occitanie Populaire” en Occitanie
Myriam Martin, tête de liste “Occitanie Populaire” en Occitanie
Aymeric Compain, co-chef de file insoumis pour un “Nouveau Souffle Ecologiste et  Solidaire” en Centre-Val de Loire
Karin Fischer, co-cheffe de file insoumise pour un “Nouveau Souffle Ecologiste et Solidaire” en Centre Val de Loire
Maxime Da Silva, co-chef de file insoumis du rassemblement de la gauche combative, républicaine et écologiste en Normandie
Sandrine Bataille, co-cheffe de file insoumise en Pays de la Loire

Renseignez votre email et recevez les actualités de mes luttes tous les mois !