28 octobre 2020

Les forêts sont une magnifique cause commune

Depuis un an, en tant que membre des Commissions de l’Environnement, de l’Agriculture et de l’Industrie, je travaille sur les forêts.

Pour faire suite au très beau vlog de la visite de Jean-Luc Mélenchon et Mathilde Panot dans le Morvan pour parler des forêts françaises, je vous parle aujourd’hui des forêts européennes (fil publié initialement sur Twitter).

https://twitter.com/mbompard/status/1321434564510785541

Les forêts couvrent 182 millions d’hectares, soit environ 42% de la surface de l’Union européenne et elles hébergent l’essentiel de sa biodiversité. Six États représentent les 2/3 de cette surface, dans l’ordre : la Suède, la Finlande, l’Espagne, la France, l’Allemagne, la Pologne.

À première vue les forêts européennes se portent bien puisque d’un point de vue strictement comptable le couvert forestier européen a augmenté entre 2010 et 2015. Mais, lorsque l’on regarde de plus près la situation est beaucoup plus inquiétant

En effet, les forêts européennes sont en très mauvaise santé. D’après le dernier rapport de l’Agence européenne pour l’environnement 14% des habitats forestiers sont en bon état de conservation, 54% en mauvais état et 31% en très mauvais état.

Outre leur mauvais état de conservation, l’extension du couvert forestier est dû à la croissance des monocultures forestières : depuis 1990, c’est l’équivalent de la superficie de la Grèce (14,5 million d’hectares) qui a été transformé en plantations…

Le développement de ces monocultures est un phénomène extrêmement néfaste pour de nombreuses raisons. Premièrement, ces monocultures sont extrêmement fragiles face aux effets du changement climatique, aux incendies et aux différents ravageurs… Deuxièmement, ces monocultures sont essentiellement dédiées à la production de bois énergie : d’ores et déjà 42% des volumes de bois de l’Union sont destinés à la production énergétique. Or cette exploitation des forêts à des fins de production énergétique risque de continuer à croître dans les années à venir : selon l’ONG Fern, en 2030, 56% du bois serait utilisé à des fins énergétiques, soit 2 fois plus qu’aujourd’hui en termes absolus… C’est une prévision catastrophique, sachant que l’UE utilise déjà davantage de bois à des fins de production énergétique qu’initialement prévu… 82 millions de tonnes d’équivalent pétrole (Mtoe) en 2016 alors que 73,6 Mtoe était prévu pour 2020.

L’UE encourage ce développement du bois énergie parce que dans sa législation elle considère le bois comme étant une énergie renouvelable (le bois énergie représente d’ailleurs 45% de la consommation d’énergie “renouvelable” dans l’Union). C’est absolument désastreux : le bois n’est pas une énergie renouvelable ! Sa combustion libère davantage de CO2 dans l’atmosphère que le charbon ou le pétrole par tonne brulée, notamment parce que son rendement énergétique est très mauvais ! En effet, le rendement du bois énergie est de 35% environ seulement ; en d’autres, termes, pour vous donner une idée, il faut brûler deux arbres pour que le troisième dégage l’énergie nécessaire pour faire tourner un turbine. Donc sur 100 arbres, 65 sont brûlés pour “rien”… Surtout, ces émissions ne sont pas “neutres” : elles ne seront compensées par la pousse de nouveaux arbres qu’au bout de 35 ans minimum et ce processus peut prendre jusqu’à 100 ans ! Donc dans l’immédiat il y a une augmentation nette des émissions de CO2 !

Pire encore, l’exploitation intensive des forêts dégrade la qualité des sols et donc leur capacité à stocker du carbone… Dans certaines forêts, tropicales pour l’heure, cette exploitation intensive transforme les forêts en émettrices nettes de CO2.

Les coupes rases, contre lesquelles se bat ma camarade Mathilde Panot, sont ainsi particulièrement néfastes : les coupes libèrent le carbone stocké dans le sol et il faudrait 40 ans pour que la forêt compense les émissions qui en résultent… Par sa promotion du bois énergie, et de l’exploitation intensive qui va avec, l’UE est en train de détruire ses meilleures alliées contre le changement climatique. Pour l’heure, les forêts européennes absorbent presque 10% des émissions de l’UE. Or d’après les estimations réalisées par @Fern_NGO, si l’Union continue sur la pente qui est la sienne dans son exploitation intensive des forêts, d’ici 2030, les forêts européennes absorberont 40% moins de CO2 qu’aujourd’hui.

Les malheurs ne viennent jamais seuls. L’exploitation intensive des forêts vient aggraver le réchauffement qui lui-même risque de faire disparaître des pans entiers des forêts européennes. Pourquoi ? Parce que les arbres ne migrent pas assez vite. En effet, les arbres migrent avec les mutations de leurs enveloppes climatiques (les zones où les essences forestières se développent le mieux). Or le changement climatique se déroule à un rythme bien plus rapide que la capacité naturelle des essences à migrer (50km par siècle alors que les enveloppes climatiques vont remonter de 500km au nord d’ici la fin du siècle). Résultat : le taux de disparition locale d’espèces végétales forestières à horizon 2050 est évalué à 30% en Europe d’après les dernières études scientifiques.

Pour parler le langage macroniste, celui de la valeur économique, selon une étude de l’Agence européenne pour l’environnement de 2016 la «valeur» des forêts européennes va baisser entre 14 et 50% au cours du siècle.

Face à cette menace existentielle pour nos forêts, il est important de conserver des services publics forestiers forts, capables de planifier ces transformations, et d’aider nos forêts comme l’@ONF_Officiel avec le projet Giono.

Malheureusement, dans leur détestation aveugle des services publics, les macronistes ont réglé en catimini, en une heure, le devenir de l’ONG à travers l’horrible loi Asap. Ces gens sont des criminels devant l’histoire.

L’exploitation intensive des forêts est mauvaise pour les écosystèmes et pour les hommes ! L’exploitation forestière est l’un des secteurs avec le plus grand nombre d’accidents du travail. En France, l’espérance de vie des bûcherons est de 62,5 ans. L’exploitation intensive des être humains dans le secteur forestier est encore aggravée par la fraude généralisée rendue possible par le recours extensif au travail détaché.

Pour que cesse l’exploitation mortifère des écosystèmes et de l’humain j’ai défendu la nécessité d’une autre stratégie forestière au niveau de l’Union européenne. Malheureusement le Parlement européen n’a pas suivi cette voie là et a adopté un texte désastreux pour le futur des forêts européennes alors même que le même Parlement a adopté un très bon texte sur les forêts mondiales ! Bienvenue en absurdie !

Les forêts sont une magnifique cause commune : fédérons les ONG (@Fern_NGO, @Canopee_asso), les syndicats des salariés (@UFSE_CGT@cgtconstruction), les citoyen·nes pour défendre les forêts et inventer ensemble un autre mode de développement en harmonie avec les écosystèmes.

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