Le méthane, un ennemi méconnu de la lutte contre le réchauffement climatique

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Le 16 juillet, la commission de l’industrie, de la recherche et de l’énergie votait un avis sur la Stratégie européenne de réduction des émissions de méthane. Quelques explications!

Le méthane qu’est-ce que c’est ? Il s’agit d’un gaz à effet de serre, tout comme le CO2, mais dont les effets sont différents de ce dernier. En effet, le méthane a un pouvoir de réchauffement 28 fois supérieur à celui du CO2. Mais contrairement au CO2, qui reste dans l’atmosphère pendant plusieurs siècles, le méthane se décompose rapidement et disparaît au bout d’une décennie. De ce fait la réduction des émissions de méthane permettrait de réduire rapidement le taux de réchauffement de la planète.

Le méthane est à l’heure actuelle le deuxième gaz à effet de serre contribuant le plus au réchauffement climatique, à hauteur d’environ 30%. Malheureusement les émissions de méthane d’origine anthropique ne cessent d’augmenter depuis de nombreuses années. Les principales sources d’émissions de méthane d’origine humaine se concentrent sur trois secteurs : l’agriculture (entre 40 et 53% des émissions de méthane) ; la production et l’utilisation de combustibles fossiles (entre 19 et 30%) ; le secteur des déchets (20 à 26%).

Puisqu’il s’agit ici d’un avis de la commission de l’industrie, de la recherche et de l’énergie, le rapport se focalise essentiellement sur les émissions imputables aux fossiles : gaz, pétrole et charbon. Les émissions de méthane provenant des fossiles sont vraisemblablement particulièrement sous-estimées. Ainsi, selon une étude publiée dans Nature les émissions de ce secteur pourraient être 25 à 40% plus élevées que ce que l’on estimait.

Pour se donner une idée de l’ampleur du problème, en dépit de la baisse occasionnée de par le choc de la pandémie de Covid19, les émissions de méthane des secteurs pétroliers et gaziers en 2020 s’élevaient à 70 millions de tonnes. Parmi les émissions de méthane issues des énergies fossiles, les émissions provenant de l’exploitation du charbon sont particulièrement sous-estimées et pourraient être 2 fois plus élevées qu’estimé auparavant selon une étude parue dans ScienceDirect. Une telle réévaluation ferait de l’extraction du charbon une plus grande émettrice de méthane que les secteurs pétroliers et gaziers ! Pire encore, même après leur fermeture les mines de charbon continuent d’être source d’émissions de méthane !

Pourtant les émissions de méthane en provenance des secteurs fossiles pourraient être facilement réduites par des solutions facilement disponibles et à un faible coût selon plusieurs rapports de l’IEA et de l‘UNEP.

Ainsi, selon un récent rapport de l’UNEP une réduction de 30% des émissions de méthane d’ici 2030 serait possible simplement en réparant les fuites et les évents de méthane dans le secteur des combustibles fossiles. Les effets d’une réduction des émissions de méthane seraient rapidement perceptibles. Selon le même rapport de l’UNEP une baisse de 45% des émissions de méthane d’ici 2030 permettrait d’éviter un réchauffement climatique de près de 0,3°C d’ici à 2045 ! Toujours selon le même rapport, une telle réduction de 45% permettrait d’éviter 260 000 décès prématurés par an causés par l’ozone, 775 000 visites à l’hôpital liées à l’asthme et des pertes de 25 millions de tonnes de récoltes annuelles !

Dans les amendements que j’ai défendu sur ce rapport j’ai donc demandé à la Commission européenne de fixer une cible de réduction des émissions de méthane pour 2030, accompagnées de mesures réglementaires contraignantes sur le secteur des énergies fossiles. Parmi ces contraintes je demandais la mise en place d’un cadre obligatoire pour la mesure, la notification et la vérification des fuites de méthane dans le secteur énergétique. Je demandais également l’interdiction de l’éventage et du torchage.

Je demandais également à la Commission de déterminer des normes en matière d’émissions de méthane liées au gaz importé et vendu au sein de l’Union européenne. Un non respect de telles normes minimales entraînerait une interdiction d’importation et de vente dans l’UE. Par ailleurs, je demandais également l’inclusion des importations de gaz et de l’électricité générée par le gaz et le charbon dans le mécanisme d’ajustement carbone au frontière. Enfin, je demandais à l’Union et aux États membres de planifier la sortie de toutes les énergies fossiles, notamment du gaz naturel avec pour objectif d’en être intégralement sorti d’ici 2035 au plus tard.

Malheureusement aucune de ces demandes n’a été reprise par le rapporteur issu de la droite qui a préféré faire du gaz une énergie majeure de transition et octroyer des facilités administratives et incitations fiscales à l’industrie gazière. Il faut dire que l’industrie gazière et son lobby sont extrêmement puissants à Bruxelles et sont constamment à la manœuvre pour essayer de se verdir, comme l’Observatoire des multinationales et d’autres ONG l’ont récemment montré avec l’exemple de l’hydrogène.

Les récents drames climatiques à travers le monde, y compris en Europe, nous montrent que nous n’avons plus le temps d’attendre. La réduction des émissions de méthane peut être un atout majeur ! Alors bifurquons vite et planifions la sortie des énergies fossiles !

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