Résister aux pressions des multinationales et sauver l’agriculture paysanne

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Lettre ouverte – Sommet sur les systèmes alimentaires : nous sommes 84 signataires à appeler la France à résister aux pressions des multinationales et à sauver l’agriculture paysanne – publiée initialement dans le JDD

Un Sommet international sur les systèmes alimentaires aura lieu en septembre 2021, organisé
par l’ONU en étroit partenariat avec le Forum Économique Mondial. D’ici quelques jours, le
pré-sommet de cette initiative se tiendra à Rome. En dépit de l’inquiétude et des remarques
formulées par une grande partie de la société civile, par de nombreux acteurs du monde
académique, mais aussi par certains Etats, ce sommet et ce pré-sommet se caractérisent par
un manque criant d’inclusivité et un refus de tout dialogue quant aux modalités d’organisation.
Les premières orientations prises nous font craindre le pire.

Alors que la FAO et de très nombreuses recherches ont montré le rôle essentiel de
l’agroécologie paysanne pour répondre aux défis sociaux, alimentaires et environnementaux
contemporains, les organisateurs du sommet promeuvent au contraire principalement une
agriculture « de technologies de pointe », centrées sur des solutions prétendument
révolutionnaires et faussement vertes.

Avec l’approbation de l’ONU, se met ainsi en œuvre la stratégie d’influence des principaux
groupes agroalimentaires, de technologies de pointes et financiers mondiaux. De plus en plus
présents dans des instances alimentaires internationales qu’ils financent largement ou créent
de toute pièce, ces groupes ont donné l’illusion d’un consensus salutaire autour des solutions
faisant leur fonds de commerce : nouvelles techniques de modification du vivant/nouveaux
OGM, numérisation de l’agriculture, viande in vitro, drones-pulvérisateurs, agriculture de
précision, agriculture “intelligente face au climat” etc. Dans chacun des cas, les solutions
proposées se font au détriment du droit à l’alimentation et de l’autonomie des petits
producteurs et étendent l’emprise de ces multinationales sur les terres, eaux, semences,
gènes animaux et végétaux. Illustration de cette mainmise, l’envoyée spéciale des Nations
Unies pour le sommet n’est autre que la Présidente de l’Alliance pour une Révolution verte en
Afrique (AGRA), Mme Kalibata. AGRA est une initiative cofondée par les Fondations Bill et
Melinda Gates et Rockefeller dans le but d’orienter l’agriculture africaine vers des solutions
technologiques avec une prédominance des intrants chimiques et de la biotechnologie. Elle
est ardemment décriée par les ONG et organisations de producteurs locales pour son manque
de résultats et sa proximité avec certaines multinationales agroalimentaires cherchant des
débouchés sur le continent.

Au contraire, l’agroécologie paysanne a fait ses preuves. Les fermes familiales du monde
entier, de même que les pêcheurs artisanaux et les communautés indigènes, produisent plus
de 70 % de la nourriture consommée dans le monde tout en utilisant moins de 20 % des ressources productives. Les pratiques de polyculture-élevage ont une efficacité énergétique
beaucoup plus élevée que les monocultures et l’élevage industriels. Tandis que les pesticides,
les engrais chimiques et les monocultures ravagent les sols et la biodiversité, les techniques
agroécologiques ont montré leur capacité à les restaurer.

Alors que l’insécurité alimentaire dans le monde n’est plus liée à un manque de production
mais à des inégalités croissantes
, les choix politiques au niveau international sont décisifs
pour orienter l’agriculture et les systèmes alimentaires. Malgré leur manque d’efficacité et
leurs multiples impacts, les « innovations technologiques » des multinationales agricoles et
agroalimentaires bénéficient de centaines de milliards d’aides publiques tandis que
l’agroécologie est sous-financée. Avec ce sommet, un nouveau pas va être franchi dans
l’accaparement de la gouvernance mondiale de l’alimentation par une poignée de
multinationales
déjà en situation de monopole.

Nous affirmons que pour nourrir sainement les populations de tous les pays, la priorité devrait
être une plus juste répartition des ressources agricoles et piscicoles (les terres, l’eau, les
semences…) et la promotion d’une souveraineté alimentaire. Cette dernière doit être
entendue comme la capacité pour chaque pays, groupes de pays, peuples ou communautés
de décider démocratiquement comment, et par qui, leur alimentation est produite et
transformée. Les politiques agricoles et alimentaires ne doivent pas être dictées par la toute
puissante règle du libre-échange qui entraîne une course au moins-disant social, économique
et environnemental.

Nous demandons des systèmes alimentaires et agricoles durables, résilients et justes. La
France, à travers l’ensemble de ses politiques publiques et ses engagements internationaux,
doit soutenir l’agroécologie paysanne. Nombreuses sont les solutions que les citoyens et
citoyennes appellent de leurs vœux. Mais pour les mettre en œuvre il faut impérativement que
les Etats prennent leurs responsabilités et cessent d’abdiquer face aux sirènes de l’agro-
industrie.

Nous, signataires de cette lettre, demandons donc à la France de retirer son soutien politique
à ce sommet des Nations Unies sur les Systèmes Alimentaires et de construire, au sein de la
FAO et du Comité de la Sécurité Alimentaire mondiale (CSA), avec les nombreux Etats qui y
sont favorables, les conditions pour une véritable agroécologie paysanne.

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